*Engagements*

Parfois mon job est à vomir. Quand l’atrocité humaine me saute aux yeux…

coup-de-gueule-

Dans le cadre de mon boulot (domaine social et éducation populaire), je participe à des réunions éducatives réunissant directeurs d’écoles, éducateurs spécialisés, assistantes sociales, psy scolaire, en gros tous les acteurs sociaux gravitant autour d’enfants ayant besoin d’une action individualisée afin de les aider dans leur parcours et leur construction.

Et moi – association intervenant auprès des enfants en difficultés pour les aider à reprendre confiance en eux et à s’ouvrir au monde notamment.

On évoque les situations les plus problématiques afin de trouver des solutions ensemble, on suit les évolutions positives des enfants concernés, on essaye à notre niveau de faire en sorte que ces enfants et leurs familles aillent mieux.

Et dans certains cas graves on parle d’information préoccupanteIP dans le jargon.

Ces informations préoccupantes sont lancées quand on est vraiment sur que l’enfant en question est en danger. Maltraitance, négligence, insécurité. On retourne la situation dans tous les sens pour être sur de ne pas nous tromper. Une erreur de notre part aurait des conséquences gravissimes.
Il est déjà très difficile d’entamer une action qui risque de séparer un enfant de sa famille quand on sait les séquelles que ça laissera, donc une erreur est inenvisageable.

Aujourd’hui les situations évoquées ont été à la limite du soutenable.
Je cite en vrac : maltraitance ++++ (« papa il met mon frère par terre et il le tape avec sa ceinture« . A peine 10 ans le frère), négligence (enfant laissé seul plusieurs jours pendant que la maman est chez le nouveau chéri. A peine 10 ans aussi), inceste (je passe les détails, la description de la petite fille me tourne dans la tête mais je ne suis pas capable de l’écrire ici. Ça serait comme rendre la chose réelle), une jeune fille subissant des tournantes pendant plusieurs mois avant que qqun s’en aperçoive, et summum de l’horreur, un cas d’excision.

Depuis une question me hante : Comment peut on en arriver là ? Comment peut on en arriver là ? COMMENT PEUT ON EN ARRIVER LA ??

Je suis complètement abasourdie par tant d’horreur. Je ne comprends pas.
Ou alors je comprends un peu trop bien. J’ai subit la maltraitance. Je sais ce que vivent certains de ces enfants. Au delà de la douleur, l’humiliation, la honte d’être soi, de ne pas réussir à se faire aimer par la personne la plus importante du monde quand on a cet âge là..
Alors on pleure, on a mal, on souffre, on prie pour que ça s’arrête, puis on arrête de pleurer et on se résigne, on pense qu’on mérite tout ça et peu à peu on se détruit…

J’ai fait qqchose que je n’ai jamais fait pendant cette réunion. J’ai bouché mes oreilles et je suis sortie de la salle, l’estomac dans la gorge avec une envie de hurler et de vomir ma colère.
Mais POURQUOI ????? Pourquoi faire un tel mal ???

Je me crispe en écrivant, j’ai l’estomac noué. Je ne comprendrai jamais. C’est impossible. Je ne suis pas une mère parfaite loin de là, mais je ne pourrai jamais faire souffrir mon enfant. Ni qui que ce soit d’ailleurs. Qu’est ce que ça apporte de faire souffrir quelqu’un à ce point ? De l’humilier au point de le déshumaniser ?

Une collègue me dit : il faut que tu te blindes.
Je ne le pourrai jamais. Je ne me résignerai jamais face à la souffrance d’autrui.

Ce soir, je me demande si je suis encore capable de faire ce métier. Depuis que je suis maman mon empathie s’est décuplée plus que de raison. Je ne me contrôle plus. Je pleure quand quelqu’un pleure. Même si c’est juste une série télé (ou une pub. Si si une fois ça m’est arrivé. Devant la pub pour les aéroports. Mais j’avais une excuse j’étais enceinte).

Je sais qu’ignorer la souffrance n’est pas une solution, mais avoir le nez dedans en permanence n’aide pas non plus à vivre sereinement. Un juste milieu est à trouver. J’espère en être capable.

Ce soir je sais que je vais mal dormir. Ce n’est pas la 1ère fois et sûrement pas la dernière. Mais aujourd’hui ça a un goût de trop. La gifle est trop grosse.

Pardon pour ce coup de gueule écœurant. L’écrire me permet de le digérer. Ou du moins d’essayer.

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30 réflexions au sujet de « Parfois mon job est à vomir. Quand l’atrocité humaine me saute aux yeux… »

  1. On en a souvent parlé sur twitter, parfois sur le ton de la rigolade, mais tu sais que mes deux parents sont instits et voient également des choses socialement très dures. Psychologiquement encore plus. Ne te blindes pas, mais essaies de fragmenter, retrouver des moments qui arrivent à te faire « oublier », supporter…

    1. Oui c’est ce que je tente de faire. Fragmenter.. Mais parfois on est tranquille chez soi et on ne peut s’empêcher de penser à ceux qui vivent un enfer permanent. Ça remet les idées en place. Dans ces cas la je chéris ma vie et le bonheur d’être chaque jour auprès des miens.
      Ça doit pas être toujours facile pour tes parents. Ils sont courageux et je suis sûre qu’ils sont de très bons instits..

  2. Tu as bien fait de venir hurler ici ton degout et ta colere c est fait pour!! Ton recit m a retourne l estomac aussi et pourtant je savais à quoi m attendre :-/ tiens bon ma belle et crie ici autant que tu veux tant que ça te soulage de tout ça 😉 c est ilportant dans ce type de boulot d avoir un exutoire!! J t embrasse et te souhaite tout de même une douce nuit autant que possible (essaie de rêver de moi pppffff LOL)

    1. Merci ma binôme !!! C’est clair que ça fait un bien fou de pouvoir hurler tout ça et d’être soutenue et comprise.
      Je vais essayer de rêver de toi ! :-))

  3. se blinder serait perdre son humanité. Tu es HUMAINE dans le sens le plus noble du terme. Ne perds jamais ton humanité, ta compassion, ton altruisme. Sans bien sûr te projeter dans les histoires des autres, c’est difficile, je sais. J’espère qu’on en parlera plus personnellement un jour. bisous

  4. J’aurais eu tendance à te dire de te blinder mais c’est vrai que c’est bizarre du coup d’en perdre ses sentiments après…
    Je ne peux que te soutenir et te faire des bisous virtuels en attendant de te voir bientôt j’espère !

    Bécos

    1. Merci beaucoup. Ça fait un bien fou d’être soutenue comme ça.
      Même si je le voulais je ne pourrai pas me blinder. Mon empathie est trop ancrée.
      Faut qu’on s’appelle !!!! 🙂

  5. Je comprends ce que tu décris, d’ailleurs je t’admire de faire ce métier. J’ai pensé plusieurs fois travailler pour des associations mais la peur de ne pas supporter m’a retenue (du coup je me déculpabilise en faisant des dons, pas énorme mais je me dit que je participe…). Pour ce qui est de l’empathie décuplée depuis la naissance de ton fils, c’est pareil, je n’ai pas pleuré devant la pub pour les aéroports mais ça doit être parce que je ne l’ai pas vue 😉
    En tout cas je te souhaite beaucoup de courage et des vacances pour te vider la tête!

    1. Merci beaucoup !!
      J’avoue que parfois je me dis que je vivrai mieux d’avoir un boulot loin de tout ça. Mais j’aime aussi me savoir utile.
      Je sens quand même qu’il va falloir que j’envisage de faire autre chose. Ça devient vraiment trop dur.

      La pub pour les aéroports était vraiment magnifique, les gens dansaient c’était beau, j’ai pas pu me retenir 😉

  6. j’ai travaillé pendant 6 mois dans une MECS (stage)… tenue par des sœurs. le seul mot qui me vient c’est Carnage humain! et derrière, les sœurs et leur sacro sainte morale en rajoutaient une couche (elles sont parties 2 ans plus tard, retraite). ces enfants avaient connu l’horreur dehors… j’ai dénoncé les sœurs qui, à mon sens, maltraitaient aussi les enfants d’une certaine manière… je l’ai payé cher. « oui… on sait… mais… t’es stagiaire… « … quand je suis partie, j’étais en larme, j’ai dit aux gosse (entre 5 et 8 ans) qu’ils devaient faire attention à eux, qu’ils méritaient mieux, qu’ils devaient osé dire à des adultes (à l’école ou ailleurs) quand ça n’allait pas… l’horreur!

    1. Quelle horreur. Déjà que c’est petits bouts ont vécu l’enfer dans leurs familles, en plus on continue de leur appuyer sur la tête la ou on devrait prendre soin d’eux.
      Tu as bien fait de réagir. C’est important que certains réagissent et ne fassent pas semblant de ne rien voir.
      Bravo !

  7. Merci pour ce billet^^
    Je te comprends tellement (ou je tente en tout cas). Quoi de plus difficile que supporter la souffrance ? Et comment ?? J’ai régulièrement ce type de conversations avec Voilamaman médecin.
    Tu es doublement courageuse : tu ne fuis ni la souffrance des autres, ni le malaise qu’elle peut provoquer chez toi. Quel courage…

  8. je te trouve deja bien blinder de pouvoir encaisser tout ça, ces reunions.. perso je ne pourrai pas, bien trop sensible, rien que de te lire me retourne aussi l’estomac. je ne comprends pas comment on peut faire du mal à son propre enfant, qu’on a porter, vu naitre et j’en passe, un enfant pour la plupart du temps désiré. ces gens on un reelle problème et devraient être enfermé a vie

  9. Comme je te comprends…. Il n’y a aucun mot à dire. Un rien qui évoque un enfant qui souffre à la télé ou ailleurs et je me mets à pleurer comme une madeleine car de suite me vient l’imagine de mon fils. Cet être si doux, si fragile. Comment peut-on faire du mal à un enfant??? De par mon métier, je côtoie parfois certains enfants dans de tels cas. C’est dur…

    1. Oui c’est très dur. Mais c’est important qu’on soit là pour eux..
      Heureusement il y a aussi de très beaux moments plein de sourires et de joie.
      Merci de m’avoir lue ! 🙂

  10. Bel article et beau coup de gueule, merci d’avoir eu le courage de le partager avec nous plutôt que de garder ta souffrance intérieure.

    Mon admiration pour ton travail et ton implication est sans borne, car même si tu dois parfois te sentir impuissante ou écrasée par des comportements qui te dépassent, tu es là, tu soutiens, tu agis dans un contexte difficile et sur des cas auxquels je n’arrive même pas à penser tellement, tu as raison, l’empathie se développe de façon irraisonnée lorsqu’on donne la vie à notre tour, et on ne peux plus supporter le mal fait à un enfant, si petit, si fragile, si amour, sans le transposer sur le notre et nous trouver paralysée…

    C’est normal que tu ne puisses pas te détacher autant qu’il le faudrait peut-être, mais n’est ce pas là que réside notre humanité ? Tu as tout pour être fière de toi, et j’espère que tu continueras ce blog (oui, je te suis aussi sur Twitter même si je ne réponds pas assez!), pour partager tes bonheurs et parfois aussi tes ras-le-bol…

    Bises,

    MumChérie

    1. Merci mille fois ! Ton message me touche a un point que tu n’imagines pas.

      J’aime ce métier effectivement parce que j’ai besoin de me battre contre toutes les choses qui me révoltent. Je ne suis pas capable de rester les bras croisés ou d’ignorer. Mais parfois c’est très dur…
      Heureusement qu’on passe aussi de très bons moments avec ces enfants…

      Je continuerai mon blog pour la bonne raison que ça me fait un bien fou d’extérioriser tout ça. Ça devient presque vital 😉

      Merci beaucoup de me suivre.
      Plein de bises 🙂

  11. bonjour, j’ai pleuré en vous lisant…je pense comme vous et je me demande comment tout cela est possible . Lorsque je regarde le jt , et qu’un malheur concernant un enfant y est raconté, je regarde mes 4 enfants et je me demande comment il est possible de faire souffrir des êtres aussi innocents , petits, vulnérables …. en tout cas, bon courage à vous!

    1. C’est parfois très dur à vivre, mais mon métier me permet aussi de donner du bonheur à ces enfants. Donc ça me soulage.
      Mon fils est la chose la plus précieuse de ma vie, je ne pourrai jamais lui faire de mal.
      Merci de m’avoir lue…

  12. Se blinder n’est pas se résigner… Se blinder c’est devenir assez forte pour ne pas « dégueuler », pour ne pas (trop) y penser le soir et pouvoir agir, agir vite. Je me dis que ses enfants n’ont pas besoin qu’on pleure sur leur sort (mais moi aussi parfois j’ai du mal!) mais qu’on les tire de là…

    1. Erf! Une faute d’orthographe s’est glissée ds mon commentaire… Il faut bien entendu lire *ces enfants
      Bisous ma poulette!
      Steph

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