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Entre applaudissements et soupirs, nos enfants font leur apprentissage

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Dans le cadre de mon boulot, je suis amenée à collaborer avec un enseignant chercheur en sciences de l’éducation. Il a sollicité mon association pour monter un projet de « pédagogie de détour » avec une classe d’élèves de 4ème en voie de décrochage.

On entend par « décrochage », une situation où un jeune ne se retrouve plus dans le système éducatif actuel et peu à peu s’enfonce dans l’échec scolaire. En gros il ne convient pas au système. Il ne rentre pas dans le moule quoi.

On le laisse de côté, on essaye de l’aider un peu de temps en temps mais on finit par vite passer à ceux qui « réussissent ». Pour peu qu’il fasse en plus le guignol en classe – ce qui est souvent lié – on essaye de s’en débarrasser au plus vite. Il devient la bête noire. Le boulet.

Ces jeunes de 4ème identifiés pour le projet, bénéficient de cours adaptés, avec une méthodologie particulière via une pédagogie dite « de détour ».

Ce qui signifie que les savoirs de base leur sont transmis par des supports et des vecteurs différents. Exemple : pour apprendre les maths on les met en situation de calculer un budget pour une liste de courses. Les exemples s’appuient le plus souvent sur des situations concrètes. Afin de les aider à redonner du sens aux apprentissages et par la même occasion respecter leur rythme.

L’apport de notre association est de proposer un accompagnement individualisé à chacun de ces jeunes, à son domicile, chaque semaine, avec un étudiant bénévole. Le but de cet accompagnement étant de permettre au jeune d’échanger avec un pair, de gagner en confiance en lui et en valorisation en découvrant de nouvelles choses et en sortant de son univers habituel.

Les résultats sont souvent positifs puisque le manque de confiance en soi et de valorisation est souvent lié à l’échec scolaire. Ainsi qu’à la difficulté à gérer l’échec en lui même.


L’échange avec l’enseignant chercheur a beaucoup tourné autour de cette question de gestion de l’échec. L’échec comme apprentissage. On pourrait même parler de valorisation de l’échec.

En effet, on a souvent le réflexe d’applaudir un enfant qui parvient à faire quelque chose qu’on attend de lui. Réflexe légitime me direz vous.

Et à contrario on a souvent tendance à perdre patience quand un enfant (le notre ou un autre) n’arrive pas à faire quelque chose malgré nos explications en long en large et en travers. Et là on a quasiment tous le même réflexe précis : on soupire.

Et ça, inconsciemment, ça signifie souvent pour l’enfant : tu es nul, tu n’y arrives pas, ça me gonfle.
Auquel cas, s’il finit par y parvenir après moultes efforts, on l’applaudit de plus bel avec un soulagement non dissimulé.
Et bien là est l’erreur fatale.

légo
Selon ce brillant chercheur nous devrions apprendre à montrer aux plus jeunes enfants que l’échec est normal. Que ça fait parti du processus d’apprentissage. Et que l’échec peut aussi mener à la réussite. Et que si on arrive pas à quelque chose, on peut quand même arriver à autre chose.
Dédramatiser l’échec ça permet à beaucoup d’enfants d’éviter la dévalorisation permanente et ça peut aussi en sortir certains de la spirale de l’échec qui se creuse.
Et pour ça il conseille de ne pas perdre patience face aux difficultés d’un enfant à parvenir aux résultats escomptés et SURTOUT DE NE JAMAIS SOUPIRER !!

Il pousse la complexité de la démarche (si si des fois ne pas soupirer c’est dur) en invitant à éviter également d’applaudir chaque réussite. Il est selon lui possible d’encourager et de valoriser sans applaudir systématiquement. Sinon le jour où l’enfant n’est pas applaudi, il finit par bloquer sur son échec et le trouver insurmontable. Et bim dévalorisation directe !
Quant à ceux qui ont de réelles difficultés d’apprentissage, en recherche permanente d’applaudissements, ils finissent par perdre complètement confiance en eux.

Même si cette formation s’appliquait aux jeunes de 4ème que l’on suit dans le cadre de ce projet, la théorie a pas mal résonné dans mon cœur de maman. Et depuis, je me surprends à me dire de ne surtout pas perdre patience quand Monsieur Bébé ne parvient pas à faire ce qu’il veut, qu’il s’énerve et pleure.

Et à l’inverse de ne pas applaudir trop souvent non plus. Même si c’est quand même bon d’applaudir un peu quand nos trésors nous éblouissent, ce qui est fréquent nous devons bien nous l’avouer.
Le tout est d’apprendre à doser !

attention école

Ton point de vue sur la question m’intéresse. N’hésite pas à laisser ton avis !

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14 réflexions au sujet de « Entre applaudissements et soupirs, nos enfants font leur apprentissage »

  1. Article vraiment très intéressant qui nous apprend tout l’inverse de ce qu’on fait habituellement ! En tant que maman, c’est vrai que c’est dur de ne pas applaudir lorsque bébé réussit quelque chose …
    En fait, quand on y réfléchit un peu, ce que dit ce chercheur est tout à fait logique. Malheureusement, il faudrait qu’on change nos habitudes voire nos réflexes, et c’est ça qui est difficile ^^’. Mais je suis prête à faire un effort !

    1. C’est pas facile, moi aussi j’applaudis souvent mon Bébé, c’est normal !
      Je pense qu’il faut surtout apprendre à doser pour qu’ils ne grandissent pas en ayant peur de l’échec. On apprend de ses erreurs et elles ne doivent pas être diabolisees.
      Cette théorie me passionne mais elle n’est pas simple à appliquer.

      1. Je suis tout à fait d’accord ! Et puis il s’agit également d’un travail à effectuer sur le long terme … Je suis persuadée qu’on finira par changer ces (mauvais, apparemment) réflexes !
        Je ne connaissais pas cette théorie avant de le découvrir sur votre blog (merci !) mais elle est très pertinente.

    1. Les théories les moins appliquées sont souvent les plus simples.
      nos cœurs de parents nous rendent gaga devant tout ce que fait notre progéniture c’est normal.
      Je n’applique pas tout ça a la lettre mais j’essaye de valoriser aussi les échecs.
      Bisous !!!

  2. Super article ! Tu as complètement raison pour l’échec, il y a parfois de belles choses après, et on le dit nous même qu’on apprend de nos échecs (vécu). Le tout est d’être bienveillant, et comme tu le dis si bien, faut doser !

    1. Merci beaucoup.
      Effectivement faut doser, c’est normal aussi d’encourager nos petits bouts et de les féliciter. Mais il ne faut pas diaboliser l’échec. C’est ce qui mène au manque de confiance en soi.
      Merci de m’avoir lue ! 🙂

    1. Merci beaucoup !
      Oui c’est du cas par cas c’est sur. Mais l’idée c’est d’éviter de diaboliser l’échec. Pour ne pas mener au manque de confiance en soi.

  3. j’adore cet article…surtout la philosophie derrière ce message qui est d’accepter l’échec …un échec temporaire qui n’est jamais définitif…du coup je viens de le partager sur ma page facebook 🙂

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